Rigueur : Faites ce que je dis, pas ce que je fais

Publié le par Montpell'

 

Un rouleau compresseur s'est mis en marche. Les penseurs et intellectuels proches de la tête de l'état ont entamé une longue course de fond idéologique. Economistes, journalistes et politologues s'accordent généralement à admettre que sans une réaction rapide, la catastrophe budgétaire est proche. En portant un regard objectif sur l'état de la dette publique, une partie de ce discours alarmiste s'entend.

 

issy.jpgMais lorsque les chefs reprennent en coeur de tels propos pour justifier une politique de   «rigueur» qui ne dit pas son nom, le peuple, autant dindon de la farce que principal responsable de l'état du pays, attend des grands orateurs une exemplarité sans faille. Cette exigence, sorte de chimére de nos sociétés hyper-transparentes, se heurte à la réalité de l'exercice du pouvoir.

 

Sachez par exemple que la comission des finances du sénat vient de rendre un avis favorable assorti de fortes réserves sur une demande de rallonge budgétaire exceptionelle d'un montant d' 1.14 milliard d'euros demandée par l'état. 1.14 milliards pour payer les salaires des fonctionnaires de huit ministères. 1.14 milliards d'euros qu'il a fallu aller en coupant dans des budgets de réserve.

 

Cas unique.

 

Comment l'état s'est-il retrouvé à être obligé de demander une telle rallonge?

1er acte en 2003 lorsque François Fillon, alors ministre des Affaires sociales du Travail et de la Solidarité, à l'occasion de la 1ère réforme des retraites, modifie en partie les régimes spécifiques des fonctionnaires. 2nd acte, le martellement idéologique autour du travail et de la crise orchestré par le pouvoir depuis 2007.

Les fonctionnaires, vous le savez ne sont remplacés qu'au rythme d'un départ à la retraite sur 2. Cette grande politique de réforme et de modernisation de l'appareil d'état porte un nom : RGPP (révision générale des politiques publiques).

Seulement, l'administration a du mal à prévoir les économies liées à la politique de non remplacement d'un départ à la retraite sur deux. Selon Mr Arthuis, président de la commission des finances du sénat : « l'administration fait l'hypothèse de départs à la retraite alors que les fonctionnaires retardent leur départ d'un an ou deux ».

 

Et on les comprend. Chômage, licenciements, peur panique de la précarisation....

Conséquence : en 2009, une baisse de 9,2% des départs à la retraite chez les fonctionnaires.

 

Ce phénomène explique une partie des 1.14 milliards à hauteur de 960 millions. L'autre partie de cette somme est ponctionnée par un complexe systéme de primes versées aux fonctionnaires. Par exemple, les militaires quittant l'armée à l'occasion de la restructuration, touchent 75 000 € de compensation.

 

En dehors de cette rallonge, unique sous l'histoire de la Vème république, la gestion laisse à désirer.

Par exemple, les déplacements de familles de militaires de la Lorraine vers la région parisienne coûte 230 millions d'euros de plus que prévu.

L'utilisation des contrats précaires, dont l'état abuse, coûte très cher. Une fois que ces personnels quittent l'administration au terme de leurs contrats, l'état doit leur verser une allocation chômage. Le serpent se mord la queue.

 

Passage en force.

 

Et pour le plaisir, un exemple de cette gestion plus que limite :

La commission des finances de l'assemblée nationale cette fois ci, a émis le 23 novembre 2010, fait exceptionel, un avis défavorable concernant un projet de décret du gouvernement qui prévoit d'accorder une envellope de 232 millions d'euros au ministère de la justice pour financer le déménagement de ses services dans un batiment porte d'Issy et payer les 12 ans de loyer que prévoit le bail. Car l'état ne serait dans cette opération qu'un simple locataire.

Aujourd'hui, les locaux parisiens du ministère de la justice sont éclatés sur plusieurs sites et loués pour un montant annuel de 25 millions d'euros.

 

Si les parlementaires ont rendu un avis défavorable c'est pcq'ils estiment, et on les comprend, qu'au vu du caractère pérenne du ministère de la justice, il couterait bien moins cher d'acheter des locaux que de les louer, d'autant que seuls cinq services du ministère sur les 12 à regrouper pourront l'être Porte d'Issy. De plus, d'autres batiments, notamment Porte de Bagnolet, présentent l'avantage d'être bien moins cher à la location.

 

Mr Gilles Carrez, rapporteur général du budget (UMP) estime que « le recours au décret ne s'explique que par le désir de contourner l'avis du conseil de l'immobilier de l'état et de passer en force ».

 

Car même si les députés de la commission des finances disent non au décret du gouvernement, le 1er ministre, François Fillon, a quand même la possiblité de le publier....


Thibaud Delavigne

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