13 Vents : Pendez-vous, buvez de l'acide, mais ne vous mariez pas !

Publié le par Montpell'

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Le rideau blanc s’ouvre sur un appartement sombre. Dès les premiers instants de la création, le symbole est présent. Le mariage, un chocolat d’apparence savoureuse fourré à l’arsenic ?

Le comte du texte de Musset "Il faut qu’une porte soit ouverte ou fermée" entre en scène. Costume d’époque fidèle jusqu’au haut-de-forme, le feu crépite, l’homme attend. Il fait quelques pas sur ce parquet en point de Hongrie, le temps que le public s’installe dans ce XIXe siècle qui s’ouvre sous ses yeux. Lorsque la marquise entre, le jeu de la séduction commence à prendre ses sentiers détournés tracés par le texte.

 

Les jeunes comédiens, Clément BERTANI et Bénédicte GUILBERT commencent timidement à jouer, d’abord avec des objets, puis après quelques minutes ils se laissent aller eux-mêmes, on ressent un léger manque d’assurance qui s’efface peu à peu au fil des mots et de la mise en scène audacieuse qui fait ressortir les enjeux du texte à merveille. Peut importe le siècle, la jalousie et le commérage sont les mêmes. Derrière cette histoire de non-séduction (la marquise ne souhaitant pas entendre de mots d’amours et encore moins de déclaration de la part d’un homme), le public peut voir beaucoup de chose : prémices du féminisme ou du moins un appel à l’intelligence des femmes, une liberté de mœurs qui commence à s’installer et plus généralement une indépendance en passe de s’acquérir. Défis entourés d’ironie et d’humour mais aussi de justesse dans les sentiments, de questionnements et de doutes.

 

Le Musset terminé, comte et marquise s'embrassent dansent à la manière d’un "happy-end", Vivien et Tigrane entrent en scène et dansent à leur tour, sans croiser le regard des autres. Les deux couples finissent par synchroniser leurs pas, synchroniser leur vie sur une chanson des années 30 se transformant de mesures en mesure en electro. Je me demandais comment allaient se chevaucher les deux textes, c’est chose faite, saisissante et moderne, la transition se fait uniquement en musique, en danse et en lumière.



Le rideau se relève, l’appartement est le même. Seul un lit remplace le canapé et la modernité est apportée par une chaise RBC et quelques boîtes de chaussures en avant-scène. Le comte et la marquise, fantômes du présent, apparaissent parfois à travers le mur comme un rappel que seul le temps séparent les deux couples, le reste étant identique en de nombreux points.

 

La deuxième partie commencée, on découvre un Pascal RÉNÉRIC et une Chloé OLIVÈRES d’une étonnante spontanéité et d’un naturel incroyable dans l’interprétation. Tellement qu’à de nombreux moments de la pièce on ne distingue plus ce qui est joué de ce qui est vécu, le duo est hallucinant au sens premier du terme et porte un texte jouissif que vous pouvez entendre comme profondément drôle ou drôlement profond mais vrai. Les rencontres, les excuses qui poussent les gens à se marier, mais pourquoi ?

 

La création se termine avec une esthétique photographique d’une beauté visible que hors mariage et comme une union trop longue se finissant dans les larmes, on se retrouve un peu Lost In Translation…

 

Pour finir, cette pièce était attendue comme un grand événement de la saison, aussi important que l’ouverture de celle-ci avec RER (qui a en commun Chloé OLIVÈRES dans le rôle d’une trentenaire dans le doute), cette pièce est un régal. Le Musset-Besset est un choix qui s’impose comme finalement naturel, tellement la gène de la relation masculin/féminin, les non dits dans un couple ou précédant une relation, la tension est d’actualité dans ces textes que 10 générations séparent. Ils partagent aussi une sorte de pessimisme qui rend les échanges de couples d’autant plus intéressants avec des phrases d’une beauté et d’un message comparable, "L'amour, c’est à 16 ans, après on refait le mouvement" ou "L’amour est immortellement jeune, mais les manières de le déclarer sont et resteront éternellement vieilles"... Ces textes font ressortir les faiblesses, les questions, pourquoi les mots d’amours ? Pourquoi se marier ? Comment s’aimer ?

 

Si il y a une chose que vous allez aimer en cette fin d’année c’est bien "Il faut, je ne veux pas". À voir absolument jusqu’au 12 décembre.

 

                                                                                                               Hadrien Volle

 

Infos pratiques :



Il faut, je ne veux pas est joué jusqu'au 12 décembre au théâtre des 13 Vents (domaine de Grammont) - http://www.theatre-13vents.com et au 04 67 99 25 00.

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